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Racontez votre Route du Rhum 2026

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Interview de skipper

Publié le 04/11/2026

parLechiffre Julie ,
Photo de Ronan POTIER sur Unsplash
Photo de Ronan POTIER sur Unsplash

L’interview de Charles Caudrelier,

le gagnant de la Route du Rhum 2022

 

Le lundi 21 septembre 2026, les élèves de la classe de CM1-CM2, de Julie Lechiffre, ont interviewé Charles Caudrelier. A l’école Les Tilleuls, à Servon sur Vilaine, ils ont échangé en visio avec le gagnant de la Route du Rhum 2022.

 

Depuis quand êtes-vous skipper et pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Je fais de la voile en amateur depuis que je suis adolescent, mais c’est seulement après mes études vers l’âge de 23, 24  ans que j’ai décidé d’être skipper. C’est tard si on compare à un joueur de foot professionnel par exemple, mais dans le métier de skipper, les bateaux sont compliqués à comprendre, il faut faire des études pour être capable de les piloter ensuite. Ce qui me plait dans la voile c’est l’énergie qui fait avancer le bateau, c’est le vent. Le vent donne une force et une direction, quand on est skipper on joue avec le vent.

 

Avez-vous déjà gagné d’autres courses que La Route du Rhum ?

Depuis vingt-cinq ans j’ai fait plein de courses et oui j’en ai gagné plusieurs, certaines seul, mais d’autres par deux ou en équipage de six ou douze. J’ai gagné par exemple la Transat Jacques Vabre, la Volvo Ocean Race, le Tour du Monde en solitaire (Arkea Ultim Challenge)...

 

Que ressentez-vous quand vous faites une course ?

Avant tout je suis heureux car c’est un métier de passion. Mais pour chaque course il faut beaucoup se préparer alors il y a un mélange de sentiments, on a aussi peur de ne pas faire assez bien. Dans tous les cas cela reste une grande chance de pouvoir faire des courses comme celle de la Route Du Rhum.

 

 

Qu’avez-vous ressenti quand vous avez gagné la Route du Rhum en 2022 ?

C’était très fort, j’en rêvais depuis que j’étais tout jeune et j’ai réalisé mon rêve à presque 50 ans. C’était ma première Route du Rhum en 2022 sur Gitana 17, c’est un bateau qui vole aussi et, si j’avais rêvé de gagner la Route du Rhum, jamais je n’aurais imaginé le faire sur un bateau qui vole, c’était incroyable !

 

Pensez-vous battre votre record cette année ?

Je détiens le dernier record qui est de 6 jours et 19h, mais on ne peut jamais savoir si on pourra faire mieux, c’est une histoire de météo. Avec ce bateau c’est possible de faire mieux mais on ne peut pas être sûr. En plus mon bateau est tout neuf, il n’a que six mois, alors cette année on n’est pas favori car mes concurrents ont des bateaux mieux préparés.

 

Avez-vous peur pour cette course ?

Oui il y a toujours un peu de stress notamment par rapport à la météo. S’il y a une tempête au départ, c’est inquiétant car le vent nous pousse sur les côtes, on n’a pas le choix de la direction et on risque de s’échouer sur les rochers. Alors que s’il y a une tempête au milieu de l’Atlantique on peut toujours changer de sens.

 

Comment faites-vous pour dormir alors que le bateau continue d’avancer ?

On a ce qu’on appelle un pilote automatique, c’est notre coéquipier !  Il est capable de maintenir un cap. Sur le pilote automatique il y a des sécurités : il est capable de réagir tout seul si les conditions météo changent.

Pour les risques de collision il existe trois systèmes : un système mondial qui positionne tous les bateaux sur la mer ; un système de radars et une caméra thermique en tête de mât qui détecte tous les objets flottants de jour comme de nuit.

 

 

 

Combien de temps dormez-vous pendant la course ?

Pour gagner il faut dormir plus que les autres concurrents, c’est le secret. Le sommeil est indispensable pour être capable de prendre les bonnes décisions. Alors je dors par petites périodes dès que c’est possible même pour seulement dix minutes. Au total je dors environ 4 heures par jour.

 

Après la course, est-ce que vous avez besoin de dormir beaucoup pour récupérer ?

Pendant la course on perd l’habitude de dormir une nuit complète alors quand on rentre même si on est épuisé c’est difficile de dormir. En général je m’endors très bien mais je me réveille souvent en ayant encore l’impression d’être sur le bateau.  Il faut en général quelques jours pour retrouver son rythme.

 

Comment faites-vous pour vous laver ?

Il n’y a pas de salle de bain bien sûr alors quand on est dans une zone froide on utilise des lingettes comme pour les bébés. Et quand on arrive là où il fait plus chaud on sort du cockpit, on se fait mouiller par une vague puis on utilise un peu de savon et on se rince avec une autre vague. On se rince ensuite avec un tout petit peu d’eau douce, mais très peu. Chaque jour on produit seulement 3 à 4 litres d’eau douce à partir d’eau de mer et d’un appareil appelé désalinisateur.

 

Où faites-vous vos besoins sur le bateau ?

Dans un seau et dans des petits sacs biodégradables qu’on jette ensuite à la mer.

 

Que mangez-vous sur le bateau ?

Pour ne pas surcharger le bateau on fait très attention au poids de ce qu’on emmène. Alors on prend de la nourriture lyophilisée, c’est de la poudre, comme la purée. On reconstitue la nourriture avec de l’eau. Ce n’est pas très bon mais c’est pratique. Maintenant on a aussi des plats appertisés, c’est à dire sous vide, il n’y a plus qu’à réchauffer dans l’eau chaude, c’est quand même meilleur.

Avez-vous déjà traversé une tempête en bateau ?

Oui bien sûr. Le vent n’est pas vraiment un problème mais c’est la mer qui se forme à cause du vent qui est problématique. Il y a alors de nombreux creux et des bosses et on peut casser le bateau. Alors on essaie d’éviter de passer dans les zones où il y a des tempêtes, mais parfois on n’a pas le choix. C’est le cas du côté du Cap Horn par exemple, on peut avoir des creux de 9 à 10 mètres, il y a vraiment des risques de casse.

 

Comment les foils peuvent-ils soulever le bateau ?

Ça marche comme un avion : il faut de la vitesse pour décoller puis l’eau pousse sur les foils, c’est la pression de l’eau qui le fait décoller.

 

Est-ce que c’est difficile de contrôler le bateau Gitana 18 tout seul ?

Non ce n’est pas difficile mais c’est très physique, il faudrait être six minimum pour un bateau de cette taille. Alors on ne va pas aussi vite qu’en équipage. Il me faut une heure pour ce qui prend 5/10 minutes en équipage. Et surtout il faut tout anticiper, quand le vent monte il faut agir très rapidement pour ne pas se mettre en danger.

 

Est-ce que tous les bateaux de la course ont un cockpit comme vous ?

Non car ils ne vont pas tous aussi vite. Gitana 18 peut aller à près de 100km/h. Le cockpit du Gitana 18 est fermé et très bas pour ne pas le freiner, c’est pour l’aérodynamisme.

 

Avez-vous déjà cassé quelque chose sur un bateau pendant une course ?

Oui bien sûr. En général sur un tour du monde on dit un jour = un problème. Il y a des casses plus ou moins problématiques. Il faut savoir tout faire : réparer des pièces en carbone, réparer des voiles…

 

Quels sont vos horaires d’entrainement ?

Il n’y a pas d’horaires, on navigue au maximum, dès que c’est possible et parfois on part s’entrainer sur plusieurs jours.

 

Qu’est-ce que ça fait de quitter sa famille pour aller en Guadeloupe ?

Mes enfants sont habitués depuis tous petits, cela leur paraît normal. Et c’est même un peu la fête car ils savent qu’ils vont me rejoindre à l’arrivée, dans un pays chaud et manquer l’école quelques jours !

 

Est-ce qu‘on se sent seul parfois sur le bateau ?

Non pas du tout, on est seul physiquement mais on sait qu’il y a plein de gens qui pensent à nous, alors on ne sent pas seul du tout, on est soutenu.

 

Combien êtes-vous dans votre équipe de préparation ?

On est 25 à 30 personnes à l’année. Il y a des métiers différents : des ingénieurs, des peintres, des gens qui travaillent les voiles et les cordes, des gens qui s’occupent de la communication, des experts dans tous les domaines.

 

Comment faites-vous pour vous repérer en mer ?

Quand j’ai commencé ce métier il y avait peu de système, on utilisait un sextant, c’était un instrument qui utilisait la position du soleil et des étoiles. On utilisait aussi les phares quand on était près des côtes.

Mais maintenant on utilise le GPS, comme en voiture, grâce aux satellites.

 

Est-ce que vous avez déjà vu des gros animaux marins comme le requin ?

Oui bien sûr. En général les requins n’aiment pas trop s’approcher des bateaux par contre les dauphins adorent ça, ils jouent avec le bateau.

On essaie aussi d’éviter les zones où les mammifères marins sont trop nombreux afin d’éviter les collisions. De nombreux mammifères sont hémophiles ça veut dire que lorsqu’ils sont blessés, leur sang ne va pas s’arrêter de couler et ils risquent de mourir.

 

Avez-vous des amis sur la course ?

Oui bien sûr nous sommes concurrents mais nous sommes tous très solidaires en mer. Et certains, comme Armel Le Cléach, sont mes amis, on a commencé la voile ensemble.

Propos recueillis par la classe de CM1/CM2 de l’école Les Tilleuls

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